L’équipe de L’Epicerie de Saoû

Bail-bail les galères, les interviews des pros prêts à tout pour dynamiser leur territoire !

Bienvenue dans le tout premier épisode de Bail-bail les galères ! Le feuilleton où l’on décrypte les plus belles installations de commerçants et leurs conseils en immobilier commercial, sans tabous.

Chez SNAPKEY, on aime les pros qui innovent et les entrepreneurs qui dynamisent leur territoire. C’est pour eux, pour tous ceux qui ont mieux à faire que de galérer pendant des mois à commercialiser, acheter ou louer un bureau, un entrepôt, un fonds de commerce ou un local commercial, qu’on a créé SNAPKEY : une solution immobilière tout-en-un qui simplifie et accélère les transactions pour les pros. Alors on a eu envie de leur donner la parole, parce qu’ils sont au cœur de notre action et qu’ils ont une expérience enthousiasmante à partager.

Pour vous, on est partis à leur rencontre à travers la France. Ça a donné Bail-bail les galères, une série d’épisodes chaleureux et pratiques sur des commerçants géniaux qui ont monté leur affaire avec succès. À la clé, des retours d’expérience sur leur activité et leur immobilier, les obstacles rencontrés et leurs bons conseils pour les surmonter. 

Ce premier épisode commence… par le numéro 26

26 : c’est notre numéro de table à la brasserie Markus, qui nous apporte un sirop de sureau bien frais. On est en août, il fait chaud à Saoû ! 26, c’est aussi le département de la Drôme où vivent Magalie Granjon et Laure Kié, épicières depuis juin 2018 dans ce village de 620 habitants. Jusqu’alors, Magalie mitonnait des plats pour l’Amuse-Papilles, son traiteur au cœur du village, qui régale les mariages et les gîtes de la région. Laure animait des ateliers et écrivait de (superbes) livres de cuisine japonaise. Alors bien sûr, l’alimentation était déjà leur métier, mais créer une épicerie à Saoû, elles n’y avaient jamais pensé !

Quelle épicerie créer sur mon territoire ?

Anne-Laure, pour SNAPKEY : Je suis ravie de vous voir, mais dites-donc, vous avez l’air fatigué !

Laure et Magalie : On n’arrête pas une minute ! Avant la haute saison, pendant le confinement le nombre d’habitants a quasiment doublé. L’Épicerie de Saoû a été l’unique point de ravitaillement des habitants à moins de 15 kilomètres. Mais on a encore plein d’énergie !

AL : Le genre de circonstances qui donnent tout son sens au projet de créer une épicerie… Justement, comment est-il né ?

Magalie : Philippe, notre épicier et voisin, partait à la retraite. Ce commerce risquait de disparaître, ou d’être racheté par une franchise. Les projets étaient un peu déprimants ! Un jour Philippe m’a dit : «Pourquoi tu ne la rachèterais pas, cette épicerie ?» Je n’ai pas dormi de la nuit, j’ai appelé Laure le matin. On s’est dit : on va créer l’épicerie dont on rêve pour ce village, celle qui correspond au besoin des habitants. 

Laure : Oui, on avait envie d’un projet différent pour Saoû, plus proche des fournisseurs et des artisans locaux, qui sont souvent en bio. Moi qui écrivais des livres, j’avais envie de construire des liens avec les gens, et le domaine de l’alimentation nous parlait à toutes les deux. La motivation : des produits sympas !

Magalie : On voulait aussi éviter à tout le monde les 30 km aller-retour pour acheter un produit au supermarché le plus proche. Il fallait donc des produits frais, de qualité : on a été en circuit court tout de suite. On avait le projet et l’équipe de choc, notamment avec Vanessa et Sophie, les salariées qui sont avec nous depuis la création de l’Épicerie.

Magalie Granjon et Laure Kié, les créatrices de L'Epicerie de Saoû
Magalie Granjon et Laure Kié. Crédit photo : Olivier Graff

Le casse-tête : prendre un bail commercial ou acheter les murs et le fonds de commerce ?

A-L : Puisque vous connaissiez bien les lieux, vous n’avez pas dû rencontrer trop de problèmes pour acheter le local ?

Magalie : Au contraire, on a vécu un an de galères et d’incertitudes, et on a bien failli tout abandonner ! Certes, on n’a pas eu à chercher l’emplacement : il était parfait, on n’avait aucun doute là-dessus. Au départ, notre seule crainte était l’état du bâtiment -qui a d’ailleurs failli tout faire capoter.

Laure : On cherchait à racheter le fonds de commerce de Philippe, l’épicier, et, par ce biais, à louer le local en récupérant le contrat de bail commercial. Or, la propriétaire possédait également des habitations au-dessus et souhaitait vendre tout l’immeuble, qui nécessitait beaucoup de travaux. Ni nous ni la propriétaire n’avions les moyens de les financer : impossible d’acheter le bâtiment. En plus, la toiture était trop abîmée pour qu’il soit légal de louer le local. Sans compter que Philippe, dont le bail avait expiré, ne pouvait pas vendre le fonds de commerce à quelqu’un qui n’avait pas de bail commercial. On était complètement dans l’impasse !

Magalie : Et là, l’idée surgit un matin : plutôt que de louer, pourquoi ne pas acheter seulement les murs du local commercial, pour aider à financer les travaux des habitations ? Restait à convaincre la propriétaire. C’est en la rencontrant en personne que tout s’est débloqué : le courant est très bien passé, le projet lui a tellement plu qu’elle a accepté. Elle a pu faire les travaux à l’étage et vendre un an après à une super famille. Maintenant, c’est l’une de nos plus fidèles clientes ! 

Se débrouiller seules ou faire appel à un expert en immobilier commercial ?

Laure : Malheureusement, souvent les intermédiaires dans l’immobilier n’aident pas à créer ce contact…

AL : Justement, dans le cas où propriétaire et acheteur ou locataire souhaitent l’autonomie, on favorise leur mise en contact directe via notre plateforme SNAPKEY. Mais bref : comment avez-vous trouvé votre solution à ce casse-tête ?

Laure : C’était très difficile de résoudre le problème seules. Le fait que le fonds et les murs aient été détenus par deux personnes distinctes compliquait la situation. Ce sont des amis notaires et avocats qui nous ont aidées à décoder le bail et à débloquer la situation. Même s’ils étaient pessimistes au début, ils nous ont aussi simplement donné espoir lorsqu’on était trop découragées. 

Magalie, avec un clin d’œil : Si on avait eu SNAPKEY, on n’aurait sans doute pas eu tous ces problèmes ! Je me souviendrai toujours du jour où on a pu acheter le fonds de commerce…Sauf qu’il ne nous restait plus que 2 jours pour ouvrir le magasin à la date prévue ! 

Créer une épicerie de proximité : l’importance de connaître sa zone de chalandise

AL : Dans la pratique, comment l’avez-vous montée, cette épicerie ? Quelles ont été vos forces ?

Magalie : Dès le départ, des dizaines de villageois bénévoles se sont proposés pour vider, nettoyer, transformer, remplir le magasin et ouvrir avec nous le 2 juin. On tenait même un planning de bénévoles ! Ils ont été incroyables. Pendant le confinement, on a retrouvé cet élan de solidarité : beaucoup de propositions d’aide en matière de logistique, de commandes, de livraisons…et de remerciements pour être restées ouvertes. 

Laure : Oui, beaucoup de gens veulent faire vivre le village, et on a toujours cherché à être dans une démarche de service à la population locale. C’est pour ça, par exemple, qu’on panache le bio et des produits qu’on trouve dans la grande distribution, pour que ça convienne à tous les publics. C’est aussi pour ça que l’Épicerie est ouverte tous les jours, qu’on propose la commande à domicile pour les anciens, la livraison de gaz, de journaux…On a gardé les fondamentaux du commerce de proximité.

Magalie : Côté logistique, ce n’était pas évident au départ, car on n’était pas épicières. Lorsque tu commences, tu ne sais pas comment faire un rayon, si les produits rentrent, si les prix sont adaptés… Au départ on avait sous-évalué les volumes, outre l’engouement qui s’est créé depuis. On a tellement varié les produits qu’on a doublé le stock depuis 2018. On prend aussi le temps de sélectionner nos produits préférés chez nos 130 fournisseurs locaux

Laure : Avec le Covid-19, on a bien vu l’importance de travailler avec nos fournisseurs locaux. Alors que les industriels étaient à court de produits de base, nos fabricants se sont mis à conditionner de la farine, notre producteur d’œufs nous a livré les œufs destinés aux cuisines collectives… Résultat : aucune rupture de stock. 

Aides à l’entrepreneuriat

AL : En juin 2020, le gouvernement a lancé des mesures de soutien au commerce de proximité pour les centres-villes. Avez-vous bénéficié d’aides à l’entrepreneuriat pour démarrer ?

Laure : Oui, en mars 2018 on a été accompagnées par le programme national Initiative France et sa plateforme de Crest, qui a déjà soutenu d’autres épiceries locales. Ils nous ont apporté un solide suivi dès qu’on a monté le projet, plus un prêt d’honneur de 14 000 euros, qui a donné confiance aux banques. Ils nous apportent encore aujourd’hui, au besoin, de l’aide juridique et financière.

En novembre 2019, on a aussi remporté le Grand Prix du concours Initiative Ô Féminin Rhône-Alpes, un concours pour des entrepreneures à un stade avancé du projet ! Le jury a valorisé le fait que l’on ait créé 7 emplois dans un petit village, qu’on mixe bio et non bio pour que chacun s’y retrouve, qu’on contribuer à développer l’activité des producteurs sur le territoire… et puis notre énergie d’entreprendre plein de choses de front, entre mes livres de cuisine et le traiteur de Mag !…Le prix nous a aussi fait prendre conscience de tout ce qu’on avait accompli.

AL : Un dernier conseil pour nos lecteurs ? 

Laure et Magali : Franchement, on ne se serait jamais lancées toute seule dans l’aventure. Créer une épicerie ouverte tous les jours pour 620 habitants demande tellement de travail, c’est presque comme avoir un élevage de chèvres ! Heureusement qu’on est une super équipe !

Merci Magalie, merci Laure, longue vie à l’Epicerie ! Rendez-vous au prochain épisode de Bail-bail les galères Si vous avez aimé le retour d’expérience de Laure et Magalie pour créer votre épicerie de proximité, n’hésitez pas à partager !